lundi 24 août 2009

Le décompte est commencé...

Il reste 20 jours avant le grand départ. Vingt courtes journées. Le temps de fermer boutique ici et de remettre les clefs de l'endroit qui fût notre maison les deux dernières années. Le temps de voir ou de revoir ceux qu'on aime. Le temps de finaliser les dernières paperasses et le temps de revisiter notre ville avec l'oeil neuf d'un touriste.

Le temps d'expliquer une dernière fois pourquoi j'ai pris la décision de déplacer ma famille. Parce que nous ne disparaissons pas: nous nous déplaçons, simplement. Je n'aime pas les départs, ils sont tristes, durs pour le coeur et je ne regarde jamais derrière lorsque je quittes un endroit. J'apporte simplement dans mon coeur et dans ma nouvelle vie les gens que j'aime. Puisque les adieux viennent avec les voyages, autant les vivre pleinement!

Pour les rares personnes qui ne sont pas encore au courant, nous partons habiter à Whitehorse, au Yukon, pour un temps indéterminé. Je projettais un déplacement de ma troupe dans le nord du Canada depuis plus de cinq ans et le temps est enfin arrivé de mettre ce projet en exécution. Les filles portent elles-mêmes leurs sac-à-dos depuis leurs plus jeunes âges. Non mais, j'allais pas trainer les sacs de tout le monde lorsque nous irions faire le tour du monde! Et bien voilà, j'avais raison! Sauf que ce sera un tour dans le Canada, c'est plus réaliste. Nous partons avec le minimum requis pour quatre personnes: c'est ça l'aventure!

Départ le 21 septembre 2009 à 7h00 à partir de Montréal: 6 transferts, 4 jours (et nuits) de voyage et 5880 km de route à travers le Canada pour arriver à notre nouveau chez-nous. Tout ça pour aller voir des aurores boréales, apprendre l'anglais et vérifier si les odeurs sont différentes là-bas. Je pense que les filles ne réalisent pas trop le grand changement qui s'en vient, elles sont plutôt contente de ne pas commencer l'école en même temps que les autres (traces de bohèmes dans leur sang?) et elles trépignent d'impatience de voir leur nouvelle école et de rencontrer leurs futures meilleures amies.

La Rouquine n'est pas tout à fait d'accord avec la prise de décision: elle dit que c'est mon rêve, pas le sien. Mais elle a tout de même hâte de visiter le Yukon, c'est bon signe non? La Grande fût la première à insister pour partir cet automne. Faut dire qu'elle a déjà deux amies qui l'attendent là-bas. La Louve, ben c'est La Louve. Elle est juste contente de vivre, n'importe ou lui convient bien.

Et moi? Ça me fait tout drôle de penser que bientôt, il y aura des couleurs dans le rêve que j'ai dessiné voilà déjà cinq ans. En ce moment, je vide mon logement et je me débarrasse de tout ce qui nous entoure et qui nous a appartenu ces dernières années. Ces objets ne seront plus les nôtres et notre vie se transportera dans quelques valises. Je vis mon deuil un objet à la fois et je me sens soulagée pour chaque objet délesté.

Le plus gros du vidage s'en vient en fin-de-semaine: c'est là que je réaliserai l'ampleur de ma décision. Ce qui m'attend là-bas? Pour l'instant rien: pas de logement, pas de travail non plus et toutes les portes et les possibilités étendues largement devant moi. Nous reviendrons bilingues, la tête pleine de nouvelles images et le coeur emplis des prochains objectifs.

Des nouvelles de nous prend un nouveau sens et vous pourrez avoir le compte-rendu de nos aventures ici. Si vous avez des questions, des suggestions et des commentaires, n'hésitez pas! Vous êtes la raison d'exister de ce blog et plus j'aurai d'idées, plus je vais écrire. Avez-vous des questions?

(Encore mon côté kétaine que je vais peut-être finir par assumer: allez chercher Fly Away From Here de Aerosmith. C'est ce que j'ai envie de dire à mes filles et que j'ai entendu en écrivant ce texte).

Le fantôme de Trois-Pistoles

Le Chat, La Grande et moi avons pris la poudre d'escampette un p'tit 24 heures pour aller visiter les ruines d'une maison hantée à Trois-Pistoles. Cette maison datant de 1830 fût un lieu de transfert de pilotes et, accessoirement, de beuveries. L'une d'elle tourna mal et un homme mouru. Pour cacher leur méfait, ils enterrèrent le cadavre dans le sous-sol de l'établissement et depuis ce temps, on raconte que l'homme hante la maison pour exiger que sa dépouille soit transférée dans un endroit bénit. La maison fût finalement détruite à cause du tappage et du grabuge qui y régnait.

Est-ce que vous voyez un fantôme sur les photos?

...même pas eut peur...

Photos: Walter Ferguson









lundi 17 août 2009

La vie est douce à celui qui le veut bien.

En début d'été, j'ai rencontré devant ma porte un gars qui vit dans la rue. Un vrai. Quelqu'un qui se cherche un toit, de la nourriture et un endroit pour ch... à tous les jours et que ces priorités deviennent primordiales. Grand, cheveux longs et probablement blond lorsqu'ils sont propres, barbe hirsute, regard bleu, rouge et égaré, un look de viking moderne...

J'étais de bonne humeur ce soir là et, sans plus de logique, j'ai invité ce Viking chez-moi. Oui, c'est un étranger. Non, je n'ai pas eut peur. Ni pour moi ni pour mes filles. Quand on peut faire confiance, on le sent. J'ai bien fait de m'écouter. Ce fût une merveilleuse rencontre. Discuter avec un inconnu, c'est comme voyager dans un nouveau pays: tu apprends à connaître son histoire, ses règles, ses résolutions et sa politique. J'aime bien voyager...

Notre vie est toujours le résultat de nos choix, selon notre état d'âme. Alors pourquoi des gens choisissent-ils de vivre dans la rue? Liberté? Indépendance? Consommation excessive? Lâcheté? Revers de vie? Manque d'option? Je ne sais pas. Je n'ai plus envie de chercher LA réponse à tous les maux de la terre et de sauver la planète. J'ai fait le tour avec l'âge j'imagine. Le monde se sauvera tout seul. Ce que j'ai, c'est un toit, un peu de nourriture et une toilette propre. C'est déjà ça à partager non?

Le Viking s'est donc retrouvé à la rue à l'âge de 33 ans. Quelques grenailles d'années de plus d'usure que moi. Une cacophonie d'événements l'ont épuisés psychologiquement et les solutions n'arrivaient plus dans sa boîte à suggestions. Il ne restait que l'errance. La différence entre lui et moi? Je suis bien entourée de gens qui nous aident. Pas lui. C'est comme ça, c'est tout.

Marié pendant 12 ans (pouvez-vous faire mieux aujourd'hui?) et un métier dont tout le monde rêve. Il était Musher, driver de traineaux à chiens. Il avait ses chiens, ses traineaux, son métier, sa vie. Ce que je sais de lui, c'est qu'il est un homme libre. Il a fait sa trail et dirigé son clan. C'est ce qu'il fait encore d'une certaine façon: est-ce vraiment CE défaut personnel qui l'ostracise de nos belles vies différentes de la sienne?

Depuis une semaine, il demande asile ici toutes les nuits, il arrive pucké par la rue, pucké par ses choix, mais surtout pucké par son propre coeur qui lui a mené la vie dure ces derniers temps. Il a décidé de reprendre sa vie en main. Je ne serai plus là pour l'aider dans quelques jours. Alors maintenant, c'est lui qui m'aide. Il prend du temps avec les filles, fait la vaisselle, prépare les repas... quand il est ici. Il me rappelle que ma vie va bien par sa simple présence: parce que j'ai un toit, de la nourriture et une toilette tous les jours. Il me rappelle aussi que la vie est bien plus belle lorsqu'on est libre comme le vent puisque toutes les directions nous sont possibles.

Longue vie à toi, Viking. Au plaisir, selon ton désir, de te revoir à la Yukon-Quest un jour! D'ici là, j'ai confiance que tu sauras remettre une trail à ta ligne de vie.

dimanche 2 août 2009

Merci à vous trois!

Encore un gros merci à vous trois pour votre super accueil! Je voulais juste vous dire en passant que les filles jouent depuis qu'elles sont arrivées avec leurs nouveaux jouets et je viens d'entendre: 'Maman! On va pouvoir les apportés au Yukon et dans l'autobus, c'est petit!!!' Double plaisir pour elles!

Votre vie est à l'opposée de la notre ici et c'est la première fois que nous étions exposées ensemble à ce genre d'expérience. Tout avoir à disposition pour le divertissement des grands et petits versus le minimum requis pour vivre. La Rouquine ne voulait plus partir, la Grande voudrait avoir sa chambre comme celle d'Émily: petites grafignes discrètes sur un coeur de maman. Mais je crois que c'est la Louve qui a pris la chose avec la bonne philosophie. Pendant notre marche, elle regardait les cours des autres maisons et elle m'a dit: 'Regardes maman! Tout les amis ici ont une belle cour avec des jouets! C'est joli ici! (léger craquement silencieux dans mon coeur). Mais tu sais maman, nous, on a autre chose chez nous, c'est différent et c'est joli aussi!' Cet enfant me surprendra toujours: elle a toujours raison.

Je me suis toujours dit qu'une maison, ça se transporte au fond de soi. Si t'es bien avec toi-même, tu seras toujours chez toi là ou tu es. C'est ce que je tente d'enseigner à mes filles. Une visite chez quelqu'un, c'est une visite de l'âme de ceux qui y habitent. Votre maison est très belle et nous y avons eut beaucoup de plaisirs. Nous sommes revenues calmes, zen et philosophes et nous en avions bien besoin. J'ai bien hâte de transporter toutes mes petites maisons au Yukon, juste pour vérifier si ma théorie est bonne.

Ho, en passant, j'ai félicité la Rouquine de s'être calmé seule rapidement et de ne pas avoir fait de crise lors du départ. Elle m'a répondu tout simplement: 'Je me suis pas calmée seule! C'est Steve qui l'a fait!'.

La Grande vient de clore le sujet:
- Est-ce que tu es triste de ne pas avoir ce genre de vie?
- Non maman, je sais que tu fais de ton mieux.

La porte de notre maison vous sera toujours ouverte. Vous venez quand vous voulez. Profitez-en avant qu'on parte, à moins que vous ayez envie de prendre l'avion l'an prochain.