lundi 27 septembre 2010

Résumé de vie

Voici une liste de questions stupides à lesquelles j'ai dû répondre à travers les années.

Toutes les questions idiotes que vous lirez ici sont le produit de la stricte réalité. Les réponses aussi. Si vous avez d'autres questions à la suite de ce texte, veuillez m'en faire part, je suis curieuse.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie?

- Je suis dans l'élevage...

- Haaa oui? L'élevage de quoi?

- L'élevage d'enfants.

- ?

- Ça consiste à veiller aux soins de futures adultes. Je veille à ce qu'elles aient un toit, de la nourriture et de l'amour tous les jours. Je m'assure aussi qu'elles réussissent à l'école, sentent bon la plupart du temps et ne se salissent pas trop lorsqu'elles mangent. Surtout en public. Je vérifie qu'elles soient convenablement habillées en toutes saisons, qu'elles bénéficient d'activités ludiques, culturelles et sociales à tous les jours. Je les informe sur tous les sujets dont : comment on fait les bébés, pourquoi la guerre existe, qu'est-ce qu'un tremblement de terre, pourquoi le soleil tourne autour de la terre, d'où viennent les humains, qui est dieu, où vont les araignées en hiver, etc... Je dois aussi leurs apprendre à se protéger contre les pédophiles, les mauvais rhumes et les petites pétasses qu'elles cotoient de temps en temps à l'école.

Oui, mais à part ça, qu'est-ce que tu fais dans la vie?

Rien. Je ne fais rien d'autre. Dans une autre vie, j'ai fait plein de métiers. J'en ai eu plusieurs parce que je n'ai jamais aimé, je n'aime pas et que je n'arriverai jamais à aimer la routine.

L'élevage d'enfants et mes objectifs professionnels ont bien tenté de cohabiter sur le même espace-temps. Mais malheureusement, mon corps m'a informé sans préambule qu'il m'était impossible d'emboiter ensemble ces deux projets et m'a laissé, telle une mouffette effouèrée au millieu de la chaussée, complètement applatie.

C'était il y a quatre ans.

J'ai eu grand peine à reprendre mon souffle.

Depuis je vis de l'aide sociale.

J'espère que tu ne feras pas une carrière sur l'aide sociale?

Oui! Oui! Je l'ai déjà entendu celle-là! Par un membre de ma propre famille...

Ben c'est clair que j'ai envie d'être humiliée le reste de mes jours avec 580$ par mois pis le triple de préjugés pour faire vivre ma famille!

Comment ça donc? On devient pas riche quand on fait des enfants? Haaaa ben!

Tout le monde rêve d'utiliser le dernier recours pour se faire rappeler que t'es juste une merde, que tu vis sur le "système" et que anyway, si jamais t'aurais éventuellement l'espoir d'avoir une envie de penser à des projets d'avenir, tu y penseras après avoir trouvé de quoi donner à manger pour déjeuner à ta marmaille!

Ben... tu y penseras peut-être après le diner si tu trouve à manger. Ou avec de la chance, après le souper. Ben dans l'fond, tu y penseras demain... profites de ta soirée parce que tout le monde a mangé aujourd'hui.

Et puis cette journée, elle m'a épuisée... et l'autre ensuite... et l'autre.. et...

Quand le téléphone sonne, j'ai pas toujours envie de répondre.

Ma mère (ou ma tante, ma grand-cousine ou ma voisine-chose-là...) a eu 8 enfants pis elle se plaignait pas!

Il est fort probable que ses enfants jouaient dewors avec les 23 autres enfants du quartier sans se demander si la température fittait avec les dernières mitaines, si un bras allait être éraflé ou si un pédophile allait violer l'un de ses enfants. Pis c'était correct de même.

Elle laissait ses poussins se faire engueuler par la madame d'en face quand ils tiraient des oeufs dans les fenêtres. Elle sortait son mercurochrome juste en cas de bobo-qui-saigne. Elle gueulait dewors pour faire venir les affamés à l'heure des repas.

Pendant que la meudame frottait le plancher, les trois plus vieux lavaient la vaisselle, rapportaient les commissions du magasin au coin, changeaient les couches et morvaient le nez des plus p'tits.

C'était correct comme ça. C'était une fierté d'avoir une maison astiquée pis des enfants crottés à la fin de la journée.

Elle pouvait donner à boire du lait caillé, du gruau à tous les déjeuners ou bedon des petakes jaunes régulièrement sans se soucier des oligo, polyin ou oméga. Les allergies n'étaient pas un danger pour toute la société.

Ces femmes là ne travaillaient pas. Elles ne fesaient RIEN! C'est clair non?

Ce modèle ne convient plus à la réalité d'aujourd'hui.

J'ai essayé bien fort de me faire pousser six bras, j'ai pas encore réussi. Les besoins des enfants d'aujourd'hui sont complètement différents de ceux de votre grand-mère, grand-tante ou de la vieille madame chose, okay là?

Ma mère était monoparentale, elle étudiait et travaillait, tout en élevant ses trois enfants.

La réponse sous-entendue ici est que je devrais : ou ben suivre son exemple, ou ben être plus forte que cet immaculée modèle, ou ben me sentir mal parce que je ne suis ni l'un ni l'autre.

J'abdique. Je ne me sens pas l'âme d'une Wonder-Woman. J'ai beaucoup d'admiration pour toutes les femmes qui savent éplucher une carotte plus vite que son ombre...

Amen.

Mais qui s'occupe des enfants pendant que maman n'est pas là? Vous en connaissez beaucoup des femmes qui peuvent être à deux endroits à la fois?

Tant mieux si votre maman avait plus d'énergie qu'un hamster sur l'ectasie prêt à sauver le monde dans sa roulette. Moi, j'ai juste pas assez de jus pis j'ai été obligée de faire des choix.

Est-ce que tous tes enfants sont du même père?

Pour répondre à cette question, je vous dois la discussion intégrale que Émilie-ma-jolie et moi-même avons eu autour d'un de nos sempiternels cafés bus ensemble sur la rue St-Jean, dans le vieux-Québec.

À cet époque, Émilie-ma-jolie me faisait part de la venue d'un troisième enfant pour sa famille qu'elle rêvait nombreuse.

- Mais qu'est-ce que les gens vont penser? J'ai déjà deux enfants avec deux pères différents!
- On s'en câliss de ce que les gens pensent! Lui répondis-je.
- Au mieux, y'a personne qui pourra me reprocher de continuer à croire que cette fois-ci, ça peut marcher... qu'elle me répondit.

Avec raison.

Un accouchement et deux ans plus tard, voici la suite de la discussion autour d'au autre café :

- Tsé, Émilie-ma-jolie, moi j'ai eu trois filles avec le même père pis je suis même pas foutue d'avoir un semblant de relation cordiale avec lui. C'est l'échec total. Toi, non seulement tu as trois enfants, mais en plus tu t'entends bien avec les trois pères, ils prennent tous soins des enfants et en plus, ils s'entendent bien entre eux. Je pense que c'est un 300% de réussite ça...

Alors je répondrai... oui, mes enfants sont tous du même père. Mais who cares?

Tu dois avoir une bonne pension du père avec trois enfants?

Non. Considérons le père décédé sans avoir prévu une assurance-vie. Point. Loin de moi l'intention de labourer le passé pour quelques piasses.

Pourquoi avoir eu trois enfants?

Parce que je ne me suis pas posé de question avant. Parce qu'un enfant, même si tu prends des précautions, c'est vachement facile à conçevoir. Parce que j'ai cru que ça pouvait marcher. Parce que j'aime l'aventure. Parce que j'étais amoureuse. Parce que je ne pense jamais aux conséquences de mes actes. Parce que j'aime ça me réveiller en pleine nuit pour changer des couches. Parce que je suis irresponsable. Parce que j'aime ça, prendre soin d'un petite vie pleine d'avenir. Parce que j'aime les défis. Parce que j'aime...

Je ne sais pas. Je ne me suis jamais posé la question. C'est comme ça, c'est tout.

T'es ben trop jeune pour avoir des enfants!

Non. C'est ma face qui a l'air jeune, pas mon coeur.

J'ai eu mon premier bébé à 21 ans: j'étais majeure aux États-Unis. Je vois autour de moi mes amies dans la trentaine et sans enfant avoir envie de se reproduire pour une horloge qui ne tinte plus pour moi. Ce qui est bien.

À 39 ans, j'irai boire une bière dans un pub avec mon ainée pour ses 18 ans. À 41 ans, je louerai un chalet pour fêter la majorité de la deuxième avec mes trois filles. À 43 ans, j'aurai encore l'âge de partir sur le pouce avec ma troisième.

Pour l'instant, j'ai 32 ans, trois donzelles et tout l'avenir à nos pieds.

Pourquoi tu ne retournes pas aux études?

Parce que je sais pas en quoi étudier. Alors j'irai m'endetter quand je serai absolument certaine du pourquoi.

Pourquoi tu ne vas pas travailler?

Parce que mon corps refuse de répondre à toutes mes demandes depuis quatre ans. Je l'ai scrappé et la reconstruction est plus longue que prévue. Parce que j'ai déjà un travail : j'élève trois futures payeuses de taxes et pour l'instant, c'est le mieux que je puisse faire.

Je pense que je le fais bien.

Pourquoi tu te trouves pas un bon mec pourvoyeur?

Cette question aussi est réelle! Elles le sont toutes mais certaines me traumatisent plus que d'autres... dont celle-ci. Croyez-le ou non, cette question est issue de bouches aussi féminines que masculines...

Ma cousine et moi avons un vécu similaire : nous avons le même âge, avons eu trois enfants à peu près dans les mêmes délais et nous nous sommes séparées... à un enfant près. L'une vient de la ville, l'autre de la campagne. Nous nous croisons, depuis nos années de maternité, qu'en cas extrême de baptême ou de décès. Ce qui arrive rarement.

Lors de ce genre d'événement de famille et suite à nos similaires séparations, ma cousine a cru bon de m'offrir ce bon conseil :

- Tsé, ma cousine, la seule façon de survivre pour une mère monoparentale est de se caser.

J'ai eu une hésitation entre rire ou frapper.

J'ai ri.

Du coup, je me suis souvenue de cette anecdote datant de quelques années plus tôt. Lorsque j'avais 18 ans, je revenais tout juste d'Afrique où j'avais laissé mes parents jouir de leur toute nouvelle liberté parentale (que je comprends aujourd'hui) et j'eue l'idée saugrenue de visiter ma famille du coté de ma mère, à la campagne.

Pour cette mémorable réunion familiale, ma grand-mère, emplie d'un grand sentiment maternel tout en oubliant mon prénom, a cru bon de me faire savoir que ma mère était irresponsable de laisser ses deux enfants (agés de 18 et 22 ans) dans le besoin ainsi. Je n'en fût guère outrée, puisqu'elle avait tort. La phrase perturbante vint de mon oncle que je connaissais à peine. Il était âgé de moins de 45 ans et me garocha ceci :

- Moi, je comprends pas pourquoi ta mère travaille. Ton père devrait avoir honte de laisser ta mère travailler. Moi, je veux pas que ma femme travaille. Si elle veut faire du bénévolat, c'est correct. Mais ta mère a pas d'affaire à travailler.

On parle de 1997. Ce fût mon premier choc des générations. Ou du moins, le plus intense.

Depuis, d'autres jeunes femmes et d'autres hommes de plus de 40 ans ont tenté de me convraincre qu'un pourvoyeur, c'est sain et normal.

Sachez que je ne me fais pas polluer ainsi par des idées qui datent des années 50. Même si, par là même, j'ai appris contre mon gré que ce genre de mentalité existe bel et bien encore. Ma naïveté de jeune femme libre fût atteinte en son âme plus d'une fois depuis... mais jamais full longtemps.

Je tiens à souligner que cet oncle en question a bien changé depuis. On a même appris à se connaître et je l'aime bien fort...

Pourquoi une belle fille comme toi est encore célibataire?

Cette réponse est trop simple :

-Parce que je suis plus intelligente que belle, connard.

Pourquoi tu es partie si loin pour être si malheureuse?

Ben non, justement je ne suis pas malheureuse... je suis venue ici pour trouver des réponses à ces stupides questions, me redéfinir en tant que mère et renforcir un peu plus le lien de ma famille.

Mais surtout pour découvrir ensemble de nouveaux paysages et se rappeller que la vie ne se définit pas par ce que les gens pourraient penser de nous.

Pis on avait envie d'aller voir ailleurs si on y était. Juste pour le fun.

Crois-tu que tes enfants vont t'en vouloir?

Celle-ci, c'est la mienne des derniers jours.

Mon père m'a dit une fois, pendant que nous peignions ensemble son logement en blanc "sloche" :
- Tsé, quoique tu souhaites pour tes enfants, ils ne deviendront pas ce que tu pense.

Ben moi, je pense qu'il a raison...

11 commentaires:

Lanza a dit…

Magnifique article :)

Tu te surpasses, là. \o/

4Spices a dit…

Merci!
T'as commenté avant même que je fasses les corrections!
Mais merci! xxx

J-S a dit…

Trop fort Marie!
Tu m'as fait rire par moment et tu m'as beaucoup touché également.
Toutes les questions , il y a en énormement que je me suis poser et que j'ai entendu!!
Ton histoire me rejoins a plusieurs niveaux car tout comme toi je suis monoparental.
Continue a écrire... tu as un don incroyable!
a bientot
J-S

Anonyme a dit…

C'est cool, en écrivant mon texte, je n'avais pas pensé aux 'papas' monoparentals. Je suis contente de t'avoir touché.
Pis peut-être qu'on va se revoir plus vite que tu penses, mais pas longtemps, si la tendance se maintient...

Marie-Dimanche
xxxx

J-S a dit…

Ha ouin!!est ce que tu vas venir faire un tour a Québec?? Si oui ,préviens moi et on s'organise quelques choses ok?
Prend soin de toi mon amie!
J-S

4Spices a dit…

En fait, j'hésite beaucoup entre péter ma coche pis câlisser mon camp ou rester ici et trouver une solution miracle, une autre fois...
Anyway, je n'ai pas l'intention de retourner vivre au Québec mais je compte bien y passer quelques semaines l'automne prochain.
C'est clair qu'on va organisé quelque chose...

J-S a dit…

OK je comprend.Prend le temps de peser les pour et les contres avant de prendre ta décision.
Je vais penser a toi Marie!
Bon courage!

gadozama a dit…

une autre question que j'ai entendu:
tu as beaucoup de courage d'avoir 4 enfants!! --Ben non, ca fais juste plus de lavage!
Je sais pas comment tu as fais pour avoir des jumeaux? --Ben je l'ai fais deux fois de suite!! Cochone! serieux je leur reponds, ben les docteurs on pas voulu que j'avorte de seulement une enfat et pas de l'autre, je sais pas pourquoi!!
Je t'aime

4Spices a dit…

Vraiment Gadozama!
T'es cochonne!
Pis en plus, c'est sexy faire du lavage... penses à la laveuse à 'Spin'. Pas le choix de faire deux autres brassées...

Odette a dit…

Quoi répondre à ceux et celles qui ne comprennent pas ce qu'est l'amour inconditionnel de nos enfants quel que soit nos revenus? Dis toi que tu auras souvent ces drôles de questions mais que tes enfants de *sang* ou de *coeur* te paieront toujours plus d,année en année que tous les salaires au monde. Vis ta vie avec elles c,est ça la vrai vie.

4Spices a dit…

Merci Odette. C'est ce que la vie me chuchotte depuis quelque temps et que je ne comprenais pas avant.

Mais bordel, c'était pas facile à comprendre quand ça fesait juste 'meugneugneugneu' dans le creux de l'oreille!

Ta fille-de-coeur
xxx