dimanche 23 novembre 2008

La solitude

J'ai rencontré un monsieur mercredi dernier qui arrivait de Sierra Leone. Ben, arrivait... on s'entend... il est ici depuis 5 mois. Je ne connaitrai pas sa vie par un simple échange d'une dizaine de minutes. Son nom est James. En gros, voici ce que j'ai appris...

James arrive de Sierra Leone, il est réfugié.

Un réfugié au sens de la Convention relative au statut des réfugiés et des apatrides est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance a un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte. (Wikipedia)

Bref, ca chit dans son pays, mais je sais pas trop pourquoi concernant les enjeux, quels qu'ils soient. Ce que je sais, c'est qu'il est plus en sécurité ici que chez lui. Sa langue d'origine est l'anglais, il a donc appris le français en arrivant ici et j'avoue qu'il se débrouille très bien autant dans l'expression que dans la compréhension de notre langue. On a eut le temps de jaser... un ti-peu...

Imaginez-vous... James est extrêmement souriant...

Il s'intéressait tout d'abord à l'heure d'ouverture de l'église... il se souciait des informations de son voisin concernant la nourriture donnée à cet endroit. À ma connaissance, un Africain et l'heure prévue, c'est deux choses différentes... et complètement abstraite pour lui. Mais il était là, à geler comme un 'creton'...

- Il fait trrrès froiiid ce matin. Me dit-il, habillé de son simple coupe-vent quand il fait -2.

- C'est normal, t'es pas habillé... attends que la neige arrive. Lui répondis-je, habillée de ma veste d'hiver et drapée de mon stric instinct maternelle devant un cou nu à ce moindre degré.

- De la neige? Vrrraiment?

- Oui, de la neige... plus haut qu'ici... ca va te prendre un manteau chaud et épais, une tuque, des mitaines, un foulard, des bonnes bottes chaudes... (j'ai omis les calecons)

James a sourit... ca m'a rappelé Hassan, mon chum en Afrique, qui croyait que la neige était un montage photo...

Il m'a fait part de sa solitude:

- Moi toujours seul, je regardes télé, bois de la bière, regardes télé, parles aux voisins, regardes télé... mais toujours seul.

Il n'a personne. Il est réellement seul. Alors je me questionne concernant la solitude. Je me questionne aussi concernant les guettos...

Si j'arrivais dans un pays complètement nu: sans famille, ni femme, ni enfant... dans un pays que je ne connais pas, dans un climat tout à l'inverse que je connais (en Afrique, tu fais juste te demander quel 'short' tu vas porté...). Tu sors de la merde totale, la vraie merde, celle qui voit mourir et partir tout ceux que tu aimes, ou à qui tu pourrait t'accrocher pour avoir une raison de vivre... et t'arrives ici, loin de tous ces soucis 'internationaux', les soucis 'abstraits' pour nous.

Je ne veux pas lancer un débat là-dessus, c'est pas propre et pas joli ce qui arrive là-bas...

Et je ne vois que son sourire...

Je me dis: c'est pas moi qui vais le sauver... j'ai déjà beaucoup à faire dans ma propre vie.
Je me dis: j'ai déjà mes filles à emmitouflées pour l'hiver.
Je me dis: me semble qu'il y a des programmes pour ça!.
Je me dis: les Africains sont tous pareils, ils veulent juste avoir une femme soumise et il pense que je le suis moi aussi.
Je me dis: Si je ne fais rien, qui le fera?
Je me dis: C'est pareil aux autres, il fera jamais rien de plus que les autres importés...
Je me dis: Est-ce que j'ai des préjugés?
Je me dis: Si je rencontre quelqu'un qui vit une peine et pour qui je pourrai faire une différence, toute petite qu'elle soit.
Je me dis: Est-ce que je vais l'insulté si je l'aide?
Je me dis: Est-ce que je me poses trop de questions?

Alors ma question du jour: Est-ce que je devrais aidé James?

J'aimerais vos réponse rapidement, parce que je vais surement le revoir mercredi matin, à l'église, quand j'irai faire du bénévolat...

4 commentaires:

Anie a dit…

Je me suis toujours dis qu'il vaut mieux regretter quelque chose que l'on a fait que quelque chose que l'on a pas fait... Bon c'est un peu "boboche", mais ça guide plusieurs de mes pas! Première vrai question: as-tu le goût de l'aider? Si oui, passer à la question 2: Comment? toi qui est cyber-douée, tu peux peut-être lui trouver un groupe de support pour les réfugiés, il retrouverait un peu de la sécurité qui nous vient quand on se reconnaît chez l'autre... Si Internet ne dis rien, le CLSC aura sûrement une référence à te donner...où à lui donner, à toi de voir jusqu'où ton implication te mène. Aider quelqu'un ça veut pas necessairement dire de l'inviter à souper tous les soirs, je suis sûre que juste en l'écoutant en ce matin froid, tu as déjà fait une différence, nombreuse sont les personnes qui se seraient contenté de lui donner l'information et qui auraient passé leur chemin...

Lanza a dit…

La question est : est-ce que tu as ENVIE de l'aider ?

Si tu le fais pour te donner bonne conscience, tu risques d'avoir l'impression d'être une bonne poire.

Si tu le fais parce que tu en as envie, alors fais-le.

4Spices a dit…

J'ai effectivement trouvé un Centre multiethnique à Québec... pas trop loin d'ailleurs. C'est déjà un début si je le croise demain. Sinon, j'ai découvert aussi le service 211 qui offre de vous trouver l'organisme qui peut vous aider... intéressant et pratique!

Pour savoir si j'ai envie de l'aider, oui... bien sure... dans la mesure de mes capacités. Anyway, on verra demain si il est là... histoire à suivre... :)

Merci pour vos commentaires! J'aime ça!!!

emilie a dit…

Je ne sais pas s'il est trop tard mais moi je pense comme Anie pour ce qui est des regrets...
Et je crois que tu connais assez bien tes limites pour trouver une façon de l'aider sans aller trop loin...
Fais toi confiance et dis toi que tu n'es pas seule et que juste lui proposer de l'aide extérieure est déja un bout de chemin de fait!
xxx